vendredi 20 mai 2016

Petite histoire de coquelicot

Hop, pour premier article, je vais vous présenter l'une de mes fleurs préférées, que tout le monde connaît bien : le Coquelicot, de son doux nom scientifique Papaver rhoeas L.


Fleur de Coquelicot (Papaver rhoeas L.), le 6 mai 2016 à Bretteville-sur-Odon (Calvados)
C'est une fleur magnifique, dont la floraison commence en mai et dure en général jusqu'en août. 
Elle appartient à la famille des Papavéracées, comme le Pavot somnifère (Papaver somniferum L.).

Un peu de botanique

Fleur de coquelicot. On distingue les nombreuses étamines (organes reproducteurs mâles) et le pistil (organe femelle)

La fleur de Coquelicot est composée de 4 pétales rouges tâchés de brun à leur base. A l'ouverture du bouton, les pétales sont chiffonnés, puis s'épanouissent en une grande fleur découvrant de nombreux étamines gorgés de pollen et d'un pistil.  
Même si elle n'a pas d'odeur, c'est une plante visitée par les insectes butineurs.
Les feuilles sont pour la plupart en rosette basale.
Après la floraison, la capsule du coquelicot peut contenir plusieurs milliers de graines, dont le pouvoir de germination peut se conserver plusieurs années dans le sol.
La plante émet un latex blanc à la casse, comme la plupart des Papavéracées (Pavot somnifère ou Chélidoine, par exemple).



On peut confondre le coquelicot avec une espèce proche : le Pavot douteux (Papaver dubium L.). Cependant, les pétales de celui-ci sont plus clairs, les étamines jaunes et le fruit (la capsule) est plus allongé. Le Coquelicot est aussi beaucoup plus répandu en Normandie que le pavot douteux.

Les Papavéracées sont une famille d'environ 300 espèces de plantes, dont une vingtaine indigènes en France.
Ce sont en général des plantes herbacées (qui ne produisent pas de fibres de bois), annuelles (les individus meurent et se renouvellent tous les ans). Les feuilles sont alternes, avec souvent une rosette à la base de la plante. 
La plupart des plantes de cette famille sont riches en alcaloïdes toxiques, souvent présents en grosse quantité dans le latex qu'émet la plante à la cassure.
La Chélidoine (Chelidonium majus L.), une autre Papavéracée commune de nos régions, poussant souvent en abondance au pied des murs et dans les jardins en friche.
Le 12 mai 2016, Bretteville-sur-Odon (Calvados)

Le Coquelicot et l'Homme

Une plante des moissons

Le Coquelicot est une plante dite "messicole" : elle trouve son milieu de prédilection dans les champs céréaliers, où on la remarque en abondance au printemps. Elle serait d'ailleurs arrivée en Europe avec l'agriculture céréalière, depuis l'est du bassin méditerranéen1. Elle aime les sols fraîchement remués, et fructifie avant les moissons : idéal pour s'épanouir dans un champs de céréales. 
En France, c'est une plante indissociable des activités humaines : elle ne se maintient chez nous que grâce à l'action de l'Homme sur les sols, et surtout grâce à l'agriculture céréalière.
Le coquelicot a beaucoup régressé en France à cause de l'usage des herbicides et à la plus grande "propreté" des parcelles cultivées, même s'il se maintient un peu partout en marge des cultures.
Il est considéré comme nuisible, car d'une part concurrence les céréales d'hiver, et d'autre part peut transmettre différents agents pathogènes aux cultures.
On observe de plus en plus de résistance du coquelicot face aux herbicides.

Feuille découpée du coquelicot, comestible cuite ou crue à l'état jeune.

Une plante aux multiples usages

C'est une plante qui côtoie l'Humanité depuis la Préhistoire, et l'Homme a trouvé une multitude d'usage au coquelicot, et à son cousin le Pavot somnifère.

Les jeunes feuilles sont consommées en salade, ou cuites, depuis au moins le IVe siècle avJC : le philosophe Théophraste en rapporte l'usage dans ses ouvrages1. On les consomme toujours dans le Salento, au sud-est de l'Italie, cuites à feu doux avec de l'huile d'olive et des olives noires2.
Les graines peuvent aussi remplacer celles du pavot pour les pâtisseries, mais elles sont plus petites.
Des pétales, on obtient un délicieux sirop à la robe magnifique ainsi qu'une liqueur. Séchés, ils donnent aussi une infusion agréable. C'est une cueillette pénible : les pétales sont très légers, délicats à manipuler. Au séchage, le rouge prend une couleur vineuse de toute beauté.

Bouton floral avant ouverture
Le coquelicot a de multiples usages médicinaux également. Les fleurs et les graines sont considérées comme béchiques et légèrement hypnotiques3. Elles entrent dans la composition de la tisane des sept fleurs pectorales, efficace contre l'asthme et diverses affections de la gorge. Elles étaient autrefois prescrites contre l'insomnie des enfants.

Les propriétés thérapeutiques du Coquelicot sont liées d'une part à sa composition riche en mucilages (action adoucissante et antitussive), et d'autre part aux alcaloïdes qu'il contient, notamment la rhoeadine (action sédative et hypnotique légère).

La vigilance est de mise par rapport à la plante, qui ne serait pas dénuée d'une certaine toxicité chez l'enfant1.
En tout cas, les propriétés thérapeutiques et la toxicité sont sans commune mesure avec le Pavot somnifère, riche en alcaloïdes opiacés, dont la morphine, la codéine, la thébaïne, dont on tire diverses drogues et médicaments. D'un point de vue botanique, coquelicot (Papaver rhoeas L.) et pavot somnifère (Papaver somniferum L.) sont toutefois extrêmement proches.

Le coquelicot est inscrit à la liste A de la pharmacopée française4, et sa commercialisation n'est pas sous le monopole pharmaceutique. 
L'utilisation médicinale ou alimentaire du coquelicot n'est pas sans risque : poussant aux abords des champs, la plante est souvent contaminée par les produits phytosanitaires utilisés sur les cultures (herbicides, pesticides, engrais...). Les feuilles, poussant au niveau du sol, peuvent être souillées aussi par les animaux sauvages : les manger crues peut transmettre certaines maladies graves comme l'échinococcose, bien que la Normandie ne soit pas particulièrement touchée. Seule la cuisson détruit les agents pathogènes.

Symbolique de la plante

La plante est appelée en Français le plus souvent coquelicot, et papi ou papou en patois normand5.
L'étymologie du mot coquelicot est une forme de cocorico, à cause de la ressemblance entre la crête du coq et le bouton de pétales chiffonnés, avant son complet épanouissement.
Il symbolise l'ardeur fragile, dans le langage des fleurs6.
Dans les pays anglo-saxons, le coquelicot est associé au souvenir des combattants morts, particulièrement ceux de la Première Guerre Mondiale. Les graines de coquelicot n'attendant que de recevoir de la lumière pour germer, il suffit de creuser une tombe de soldat ou une tranchée pour le voir s'épanouir, jolie fleur au milieu des carnages.
Dans la mythologie, les pavots en général sont associés à Morphée, dieu des rêves prophétiques du Panthéon grec, qui a donné son nom à la morphine.

Quand à son nom scientifique, Papaver rhoeas L., l'origine de Papaver, le genre regroupant les pavots, vient du latin mais son étymologie est obscure. Rhoe signifie "Couler" en latin, référence possible au latex qui suinte de la plante. La lettre L, enfin, désigne Carl von Linné (1707-1778), botaniste suédois qui a "inventé" la botanique moderne.



1Fournier, Paul-Victor, Dictionnaire des Plantes médicinales et vénéneuses de France, Editions Omnibus
2http://www.veglienews.it/magazine/cucina/secondi.htm
3Zahalka Jean-Philippe, Les Plantes en Pharmacie, Editions du Dauphin
4http://ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/3f1eaa588560088642f0986f344640ed.pdf
5Provost, Michel, Flore vasculaire de Basse-Normandie, Presses Universitaires de Caen

6https://fr.wikipedia.org/wiki/Coquelicot#Symbolique

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